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Bird en boucle, ou comment la Blogothèque va (encore) changer ta vie

Je me suis rendue compte avec horreur que je n’avais encore jamais mentionné Andrew Bird sur ce blog. Evidemment, tu es, cher lecteur, une personne pleine de goût, tu es donc à coup sûr familier de ce génie musical.

Non ?

Tu… que… c’est une blague ?

Cataclysme.

Ici, ne pas connaître vénérer Andrew Bird est passible de lapidation à coups de vinyles de Marie Laforêt. Nous allons donc très vite réparer cette erreur effroyable, et te faire entrer dans le palais des délices de Monsieur Bird, qui, comme sont nom l’indique, a depuis longtemps maîtrisé les mélodies envolées de nos amis emplumés.

Très rapidement, en deux-trois mots, qui est Andrew Bird ?
Hurluberlu de presque 39 ans, né dans l’Illinois, violoniste de formation, se sert de son instrument pour tout faire. Oui j’ai bien dit tout, de la batterie à la guitare en passant par la mélodie… avec son violon, le tout assaisonné d’une bonne maitrise de l’oversampling* (tout faire en même temps c’est pas évident). Son style ? Entre rock, folk, jazz … assez indéfinissable en fait. T’as qu’à écouter, diantre.

Dieu Tout puissant

Imprime ça et fais-lui des bisous.

COUP DE CHANCE, la vénérable équipe de la Blogothèque (en partenariat avec Vimeo et Le Mouv’) a dévoilé la semaine dernière LE CADEAU ULTIME, LE SUPER BON PLAN pour découvrir l’artiste / tomber amoureux / écrire son nom sur les murs avec son propre sang.

Ca s’appelle « Bird en boucle« , et je crois qu’on ne pourra pas faire meilleure démonstration du talent de cet artiste, incontournable quand on a le goût de la perfection musicale.

La spectacle a dont lieu derrière le lien suivant :

http://www.birdenboucle.com/
(/!\ Chrome recommandé)

Et n’hésitez pas à aller visiter la page de la Blogothèque à ce sujet, expliquant la démarche et l’organisation du projet.

Je cherchais une onomatopée pour traduire les sifflements, tant pis. A la prochaine.

 

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*oversampling : méthode qui consiste à enregistrer un fragment musical, puis à le faire tourner en boucle tandis qu’on enregistre un autre fragment par dessus. Très pratique quand on est tout seul avec une guitare et que le copain Jean-Claude a pas voulu faire les choeurs.

La naissance du mouvement hip hop

A l’heure où le graffiti est en pleine explosion sur le marché de l’art (rappelons que Banksy est le 1er artiste issu du milieu à avoir dépassé le million sur les places de vente), toute la culture associée connaît un fort regain d’intérêt. Chez D & D, on ne vous initiera pas au graff. Désolée. Mais on en profite pour vous rappeler un peu les origines d’un mouvement qui en a été le berceau : le hip hop.

 

     On oublie les « wesh gros sisi tavu » et autres « nique la police ». On reprend tout au début. Et au commencement du début, on oublie également les Etats-Unis. Car le mouvement ne trouve pas sa vraie source aux US mais bien plus au sud. Les cocotiers, la mer, la plage… vous visez le paysage ? On y rajoute 2-3 mecs et un p’tit spliff et nous voilà en JAMAÏQUE. Car c’est bien dans le pays du mythique Bob Marley et de ses acolytes que tout a commencé.

     En 1962, l’indépendance de la Jamaïque est proclamée. Joies et festivités laissent rapidement place à l’instabilité politique, des émeutes éclatent dans tout le pays. Dans ce climat houleux, une véritable révolution musicale va se mettre en place. Du croisement du mento (*) et du ska va naître le REGGAE. Inutile de vous rappeler ce que c’est.

(Ca, c’est du ska, du vrai.)

C’est autour du développement des différents styles de reggae que va se former la base première de « l’esprit hip hop », incarnée par le « Soundsystem ».

Un Soundsystem, kékecé ?

Un camion, une sono, un paquet de bons vinyles, et l’aventure est lancée. A bord, 2 mecs se distribuent les rôles : le selecter, qui choisit les bons sons, et le toaster, qui fait l’animation. Retenez bien le concept parce qu’il aura un grand impact sur la suite [teasing à l’américaine]. Parmi les mecs qui ont fait remuer les nuques de Jamaïque, on compte entre autres Tom the great Sebastian ou encore Sir Coxsone.

Reprenons.

Le climat politique oblige beaucoup de jamaïcains à émigrer aux USA, où le fort taux de chômage (notamment dans la communauté noire) révèle de fortes personnalités comme Martin Luther King ou Malcom X. Parmi ces nouveaux immigrés jamaïcains se cache le Messie. Pas de robe ni de bénédicités, hein. Ce mec génial, le vrai père de la culture hiphop, c’est

CLIVE CAMPBELL.

… Ca vous dit rien. Je sais. Normal.

Débarqué aux USA au milieu des années 60, il amène son swagg, son génie et son goût du funk, qui connaît une jolie envolée aux Etats-Unis. Mais plus important : il a dans ses bagages toute la culture des soundsystem dans lesquels il officiait en tant que toaster. Puis vint l’idée géniale. Du fond de son coin de Bronx, où il prend le surnom musclé de DJ Hercule alias DJ Kool Herc (rien que ça), il embarque quelques potes, un paquet de vinyles, descend dans le parking du coin, et lance du son. Tout le voisinage rapplique et nous voilà dans un tourbillon de corps en pleine transe (j’aurais rêvé vous voir danser comme ça messieurs). Bienvenue aux « Block Parties ».

(Là, les deux du fond s’offusquent « Haaaaan mé y zon volé le nom au group anglé ! » Oui oui, bravo.)

Pendant ce temps-là, on assiste de plus en plus à un métissage culturel ; les influences se diversifient, que ce soit par la culture sud-américaine (essentiellement porto-ricaine à l’époque), ou par le brassage Est-Ouest. De ces mélanges naissent différentes techniques bien particulières, comme le scratch, développé sur la East Coast. On créé également le « breakbeat » : entre deux vinyles, quelques danseurs improvisent sur un rythme saccadé : Kool Herc a alors l’idée de ne balancer que la partie rythmique de différents morceaux, en boucle, pour créer un même mouvement des danseurs. COUCOU VOILA LA BREAKDANCE.

Il vous l’explique mieux que moi là : (mais faut être bilingue)

Mais Kool Herc ne reste pas seul sur le marché longtemps. Un autre type génial entend parler des block parties, embarque les breakdancers avec lui et va organiser ses propres soirées. Son petit nom ?

AFRIKA BAMBAATAA.

Le mec qui a eu mille vies et qui n’en a toujours pas fini. Le deuxième pilier du hip hop.

La concurrence est maintenant là, les crews commencent à se former. L’enthousiasme de Bambaataa face à l’effervescence du milieu l’amène à développer la bien célèbre ZULU NATION, 1er mouvement « de prise de conscience » hip hop (un truc pacifiste, quoi) à s’exporter dans le monde.

Attention, avalanche de hipsters:

C’est donc du développement du Soundsystem (le fait d’accompagner le morceau qui passe, non pas en chantant mais en parlant), du mélange des influences américaines ainsi que du contexte social difficile pour les classes sociales les plus défavorisées qu’est né tout un mouvement dont l’influence s’est étendu de manière spectaculaire sur les autres arts, que soit la danse ou encore l’art pictural avec le développement du graffiti.
Le hip hop, (qui signifie littéralement – ou presque – « bouger avec intelligence ») ne se limite plus à quelques vinyles scratchés dans un coin de parking, mais s’étend progressivement à un véritable univers, avec ses lois, ses codes, ses dérives aussi.

Les deux grands noms que je vous ai cité précédemment ont lancé un vrai genre, un style nouveau et fédérateur, comme l’a parfaitement exploité Bambaataa avec sa Zulu Nation. On a beau dire, sans eux, on aurait jamais eu des trucs comme ça (non je n’ai pas été sponsorisée par Nike pour vous passer cela):

Et là, sous vos yeux ébahis, je viens de vous faire assister intégralement au long et douloureux accouchement du HIP HOP.

La prochaine fois, je vous fait un récapitulatif de l’âge d’or du Hip hop, c’est-à-dire les années 80 et 90, avec tableaux, schémas, playlists à l’appui. Parce que le monde a besoin de savoir.

Allez, KISS.

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* Si le mento, ça vous parle pas trop, mais que vous êtes curieux quand même (enfin je l’espère pour vous), un vieuuuux vieux groupe jamaïcain a depuis peu décidé de faire revivre le genre en créant des cover de chansons assez connues, en les reprenant dans le style du mento. Très sympa et agréable, l’album des Jolly Boys est dispo un peu partout (notamment sur Spotify). Je vous recommande en particulier le cover de Blue Monday des New Order, le Rehab d’Amy Winehouse et évidemment The Passenger d’Iggy Pop (dont le lien est caché en haut).

Pourquoi – et comment – le jazz est mort

Alors euh bonsoir euh tout le monde euh.

Ce soir, nous allons parler d’une époque et d’une genre méconnu, parce que vachement underground tu vois. Maintenant que c’est plus bexisnuts qu’a les commandes, parlons de musique. DE VRAIE. Et pas de groupes d’électro-indé germanopratins.

La question étant : COMMENT et POURQUOI le jazz est passé de ça

à ça

La fin du jazz

Ouais, j’aime bien titrer des choses alarmantes comme ça. C’est mon coté journaliste  au Point à Marianne    à Closer. 

Bref.

Donc on est à la fin des années 60- début des années 70, et les jazzmen commencent à se lasser du jazz. D’abord, c’est devenu mainstream. Tout le monde en joue, même les blancs. Ensuite, on a l’impression, après l’invention du jazz modal et les expérimentations d’Evans, d’avoir fait le tour du truc. Et surtout -même si on en parle pas – ça nourrit pas son homme. Les ténors commencent à vieillir, et être obligé de tourner 4 nuits par semaine pour se nourrir, ça fatigue. Donc les vieux routards cherchent un son nouveau. Et ils le trouvent dans le rock et le funk. Ces deux inspirations résument à elles seules la dualité du jazz, entre technique et virtuosité européenne et transe africaine. Les jazzmen ayant fait le tour de la virtuosité, technique avec le be-bop, ou mélodique avec le jazz modal, ils se tournent vers la recherche de la transe. 

Un petit rappel de ce qu’est la transe pour les deux du fond qu’écoutent jamais et qu’on se demande comment ils ont eu leur bac nan mais vraiment madame je te jure et en plus je mets des titres a rallonge si je veux non mais t’as vu ça madame ?

Donc la transe ici c’est pas une musique de beauf, c’est ce qui rapproche de dieu.

Oui.

Carrément. CA TE COUPE LA CHIQUE HEIN KÉVIN ?

Dans les mythologies primitives, l’état de transe permet de communiquer avec les esprits de la nature. En absorbants certains psychotropes, en dansant, en chantant, le tout de plus en plus vite,et de plus en plus fort, le corps lâche, tremble, l’âme s’évade, et on rentre dans un état second. Et regardez ce qu’on a la :

Alors, c’est sûr, voir 4-5 noirs jouer ensemble du funk, maintenant ça n’a rien n’étonnant.Mais à l’époque, le jazz était un des genres musicaux les plus fermés et les plus élitistes qui soit. Pour vous donner une idée, c’est un peu comme si aujourd’hui Nathalie Dessay et Lucio Pavarotti abandonnaient le classique pour se réfugier dans le speedcore.

A l’époque, le virage électrique de Davis et de ses condisciples en avait surpris plus d’un. Les critiques étaient pour le moins peu enthousiastes . Ce n’était plus du jazz, c’était quelque chose de nouveau, et de sauvage.  Quelque chose d’assez incompréhensible pour les oreilles de l’époque, quelque chose que faute de mieux on appelle « free jazz » ou « jazz-funk ». On joue sur des synthés ou des Fender Rhodes, on passe tout au phaser ou à la wah, la basse se slappe, les rythmes s’accélèrent, les lignes mélodiques deviennent psychédéliques, on utilise de plus en plus les gammes diminuées dissonantes, et on joue constamment sur le rythme et le dépassement de soi.

La transe comme écho aux revendications sociales & raciales

Ce choix de retour aux origine africaines de la musique de jazz n’est pas né du hasard. Il s’accompagne aussi d’une nouvelle revendication de l’identité noire aux Etats Unis. Malgré l’apport massif du jazz à la musique populaire, les Noirs sont toujours considérés comme des moins que rien. Le harcèlement policier & la discrimination sont la règle. Les jeunes noirs ne supportent plus les brimades et les humiliations. Malgré les sacrifices de leurs aînés, pendant la Seconde Guerre Mondiale ou la guerre de Corée, ils ne sont toujours pas des citoyens à part entière. Ils sont à la recherche d’un moyen de s’unir pour lutter pour leurs droits civiques. Le mouvement Black Power s’assure une audience large, et ces jeunes en rébellion sont à la recherche d’un style de vie & d’une musique qui les distingueraient des jeunes Blancs. On se met à écouter de la musique funky, étymologiquement « qui sent la sueur ». Les jazzmen recommencent à faire de la musique de Noirs pour les Noirs.

Les expérimentations électriques

Les musiciens rejettent toute écriture pour se concentrer sur l’improvisation. Ils arrêtent de réfléchir, et ils jouent, en communion avec les autres. Ils se concentrent sur l’énergie brute, la puissance presque sexuelle du groove, ce que l’on retrouve clairement dans Rockit ( Herbie Hancock, 1983,Future Shock). Bien avant, des albums comme Bitches Brew (M. Davis, 1970), ou Fat Albert Rotunda ( Hancock, 1969), se perdent dans les dissonnances et les sons distordus. Des plages longues de 30 minutes, avec l’emploi du re-recording, des innovations mélodiques très, voir trop audacieuses, l’absence de thème reconnaissable, rendent ces albums très difficiles d’accès. Surtout, les musiciens ne cherchent pas à faire de belles mélodies, mais à jouer en improvisation totale, en harmonie avec la musique, en entrant en transe.

Ce n’est qu’au milieu des 70’s, après toutes ces expérimentations parfois trop dissonantes et complexes, que le jazz électrique atteint la perfection. Herbie Hancock, notamment, grâce à ses albums Manchild (1975), Thrust ( 1974) et surtout Headhunters ( 1973), atteindra l’équilibre parfait entre groove et swing. Voici donc un de ses morceaux les plus connus, Watermelon Man. En deux versions : celle de 1962 ( Takin’ Off) :

et celle de 1973 (Headhunters)

Bien que la version la plus récente puisse être considérée comme du funk pur, il n’est pas aussi simple de le catégoriser. Les accords enrichis, et la progression harmonique en I-IV-V, sont résolument jazzy. De même, l’introduction sifflée reprend les codes de la musique blues, et des negro spirituals. Malgré leur virage « commercial » de l’époque – qui en vérité n’était pas du qu’à des questions financières-, les jazzmen ont bel et bien réussi à renouveler leur musique en gardant l’harmonie, l’improvisation et l’inventivité du jazz.

 

Jabberwoocky

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